L'histoire de Montpellier
alias Mont de l'Étoile*

 

Par Danièle Prades**

 

La zone qui entoure l'embouchure de la Lironde - ancien bras du Lez - porte étrangement sur ses deux rives le terroir de St. Sauveur et celui de Salvignac comme si les romains invoquaient la clémence des dieux de la nature ! Les étangs asséchés (Estagnol, Moulières) bordent ces hauteurs qui filent de la bordure des étangs du Méjean vers St. Michel - où furent retrouvées des tombes paléo-chrétiennes par Henri Prades - puis Celleneuve et Substancion. Á proximité, Henri Prades et son équipe avaient fouillé des tombes et des installations portuaires permettant la réparation des "bateaux" de l'époque romaine, ce qui semble prouver que ce lieu servait d'avant-poste à Lattara pour débarquer les matériaux les plus lourds. Ensuite les utriculaires pouvaient sillonner la zone marécageuse de Lattara antique (Lattes signifie la ville cachée de la mer, dans les marais, et dans les brumes du fleuve les soirs d'été). Sur ce périmètre plein de charmes, les amateurs de prospection font des découvertes étonnantes. Tel ce tesson, vieux de 1900 ans, où est gravé "CELADUS" :

Ce CELADUS, homme de la celle, nous a bouleversés. En hébreu la "cella" désigne un lieu sacré du temple, un mur autour du campement, un haut lieu ou une grande propriété et pourquoi pas les trois à la fois. Même signification à l'époque romaine, la celle ayant toujours un lien avec le sacré, la petite chapelle, le monument funéraire ou la propriété, devenant au temps de St. Benoit le lieu de l'aumône. Le grand domaine est accompagné de tombes ou d'autels... Le passage du paganisme romain à la période chrétienne peut se lire grâce à ce tesson, d'autant qu'il explique alors l'importance religieuse prise par Maguelone dès le VI° siècle, suite logique d'une vie chrétienne antérieure.


Le domaine de Salvignac à l'époque comptait déjà à l'époque cinq chemins : l'un venant du Mas Rouge (Pérols) et partant en direction de l'étang par l'actuel chemin de St. Vincent - à proximité d'une villa romaine -, un chemin partant vers la Tour de Pérols et la zone dangereuse du "Boullidou", deux chemins se dirigeant vers le Port de Rignac, et le dernier remontant vers Fangouse et Soriech. Á l'époque, l'Estelle en tant qu'Étoile existait déjà à cette croisée des chemins desservant un domaine romain.


Au III° siècle environ, Lattara se tait dans le delta du Lez, à cause de ses colères. On peut imaginer que les habitants pêcheurs ont fui les inondations en s'abritant à Maguelone ou sur les hauteurs le long de la voie reliant l'Estelle, Fangouse, Soriech, le Pont Trincat. On a parlé de termes à Soriech ; certaines structures visibles sur des photos aériennes, s'élevant de la Lironde vers les hauteurs de Soriech, mériteraient d'être fouillées.
On trouvait alors sur ce parcours cette eau si précieuse pour les premiers Chrétiens, tels ceux qui partirent de Jérusalem diffuser la parole de Jésus.


Maguelone était au 1° siècle, un lieu de recueillement et hors du danger romain, et étrangement ce nom se rapproche beaucoup du mot hébreu Méghiloth qui désigne le "rouleaux" - ceux de la connaissance et du savoir - qui étaient cachés.
L'Estelle - l'Étoile - les petites chapelles qui longèrent les points d'eau jusqu'à l'intérieur des terres vers le Nord semblent suivre le futur lieu de passage des "pèlerins".
Or de ce propos, peut-être faudra-t-il prendre au sérieux la légende qui fait de Simon le lépreux l'un des premiers "Chrétiens" locaux. Ayant foulé notre sol, il aurait été martyrisé par les vestales de Notre Dame des Tables - alors temple romain - et noyé dans l'étang.


Si l'on part du principe que les légendes étaient les seuls moyens populaires - l'écriture étant l'apanage d'une minorité à l'époque - de transmettre les faits importants historiques, philosophiques ou culturels de l'aventure humaine, on se plaît à croire qu'effectivement il y eut sur notre terroir une vie religieuse intense, des passages importants, confirmés par la découverte de coquilles appelées "St. Jacques" plus tard - nous sommes encore à l'aube du christianisme.- Joël Rivière, membre de l'ADPLL., a trouvé des coquilles trouées à proximité de CELADUS. La "coquille" sous les Grecs symbolisait l'exil ; elle servait bien souvent à accompagner l'âme d'un mort dans son ascension - son exil ? - vers la perfection aux alentours de la Lune, ou autres astres divinisés. Cette coutume perdure à travers les siècles, et elle se retrouve dans les documents funéraires des premiers chrétiens pour désigner leurs tombes. Plus tard, elle est un signe de reconnaissance des pèlerins ; même Jacques Coeur - dont le hasard voulut qu'il ait un port à Lattes - signait en dessinant un coquillage, plus un coeur !


Quelques repères permettent de relier cette voie parsemée de tombes romaines et de chapelles chrétiennes, qui arrive à Montpellier, au trajet suivi par les premiers Chrétiens et plus tard les pèlerins... Ce chemin est parsemé de questions depuis "Champ de Bonneterre" à Soriech, il n'y a pas si longtemps encore propriété hospitalière de l'ordre de Malte. Et quel sens cache ce nom des terres de Mire l'Étang ?
Une autre légende, à propos de la belle Maguelone et de Pierre, fils du Comte de Provence, partant à la recherche de son père "exilé de ses terres" fait certainement le lien avec des événements méconnus entre les comtes de Melgueil et les terroirs de Lattes, zones inondables et donc à la rentabilité aléatoire, avec Maguelone, Montpellier... Quoi qu'il en soit, nous sommes persuadés que le "Montpestelario" n'est que l'aboutissement logique d'une situation géographique, historique et pré - commerciale issue du terroir lattois et tributaire des inondations routinières ; le Montpestelario était sans aucun doute le Mont des Seigneurs de l'Estelle .


La découverte de CELADUS et de coquilles trouées sont l'indice que la vie chrétienne dans le périmètre Maguelone - Pérols - Lattes - Montpellier existait dès la fin du I° siècle ; ils expliquent l'importance de cette île et le tesson chrétien du III° siècle, le lieu des conciles et l'évêché... Et ce sous le regard tutélaire et majestueux - et sûrement étonné - du Pic St. Loup (Pierre Levée ?) qui capte le regard de celui qui vient de la mer. Du Pic St. Loup et de la bonne Estelle !



Danièle Prades
Le 25 Mars 1995.

 

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